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Livres et cie - Page 4

  • Le lac Yasunari Kawabata

    lac.JPGGimpei, un professeur sans famille, préoccupé par la laide déformation de ses pieds, est chassé de son école pour une affaire avec une élève d'une classe sociale plus haute. Il rêve de la beauté des jeunes femmes tout en souffrant de leur inaccessibilité. Il suit parfois une femme dans la rue, tirant bonheur du seul reflet des deux silhouettes dans l'eau d'un lac. Un jour, une femme, se sentant suivi par lui, le frappe au visage avec son sac, le sac tombe et la femme s'enfuit. L'homme ramasse le sac qui contient un grand capital de billets de banque. Sans avoir volé, il se sent coupable d'un vol. Mais la femme, au moment de jeter le sac d'argent, a senti un frisson de plaisir, due au fait que cet homme était jeune. Pour elle, c'est un souvenir plus fort que la déception de la perte; elle veut en garder le secret souvenir et ne dépose pas de plainte. La raison: cette femme se sent toujours sale dans sa fonction de servante-maîtresse d'un vieillard, le directeur de l'école, qui a aussi une servante-soignante et elle s'est sentie pure par le contact fugitif avec l'homme la poursuivant. Elle se console toutefois de la perte en soutirant la moitié de l'argent perdu au vieillard.

    Le professeur destitué, tout en suivant parfois une autre étudiante, cherche la jeune fille. A leur nouvelle rencontre, Gimpei découvre qu'elle non plus n'a pas oublié les frissons. Il avertit la fille que les classes sociales les séparent et qu'il faut l'oublier, lui-même ne l'oubliera jamais. La fille disparue, il cherche à la revoir quand même pendant une fête de chasse aux lucioles au bord du lac. Mais il y rencontre une autre jeune fille, petite amie d'un étudiant malade, qu'il va suivre à distance et cela le fait rêver sur le souvenir d'un bébé déposé avec une lettre devant sa porte et qu'il a reporté au bordel. Un bordel où des prostituées étaient mises en réquisition pour "défense passive" qui consiste à servir les jeunes futurs soldats et lequel il avait visité trois ou quatre fois. La journée se termine avec la rencontre d'une femme laide. En allant à l'hôtel de passe, il s'esquive au dernier moment pour retourner seul dans sa chambre.

    Un livre dépaysant : une vue assez surprenante sur la société japonaise. Il n'y a pas de grands moments, mais il y a pas mal de petites scènes ahurissantes. Par de minitieux traits de plume, l'auteur sait rendre manifeste une palette de sentiments divers. Un exemple est le frisson de plaisir à la perte du sac. Un autre exemple est Gimpei qui entre en contact avec la jeune fille en parlant de ses champignons d'orteils, après coup il se trouve tout bête, et plus tard en classe il entend ses élèves le questionner sur ses champignons d'orteils... qu'il n'a pas : pure invention sortant de son obsession des pieds déformés.

    Le livre est assez complexe, les phrases traduites du japonais ont parfois des tournures étranges. L'histoire a une ligne de temps peu claire; mais il pourrait s'agir finalement d'une seule soirée avec des retours en arrière et des changements de sujet parfois abrupts, tels que le bébé, ou le souvenir de la mort du père de Gimsei, noyé dans le lac de son enfance, meurtre ou accident.

    Lecture difficile, donc. Ce n'est pas un coup de coeur, mais puisque c'est un livre assez profond et à cause du dépaysement senti.

    Le lac Yasunari Kawabata, (LGF - Livre de Poche, 2004, 125 p.)

  • Les Matins de Jénine de Susan Abulhawa

    matin.JPGVoilà un roman qui raconte, à travers l'histoire d'une famille, la tragédie qu'a connu le peuple palestinien depuis 1948 et l'évènement qu'il appelé "al-nakba" ( la catastrophe, faisant référence à la création de l'Etat d'Israël).

    1948, c'est l'année où Ein Hod, village planté au milieu des plantations d'oliviers, est vidé de ses habitants palestiniens. Parmi eux, un jeune couple, Dalia et Hassan, et leurs jeunes fils, Youssef et Ismaïl. Ce dernier, encore bébé, disparaît dans la cohue. En réalité, il a été enlevé par un soldat car lui et sa femme ne peuvent pas avoir d'enfant. Ismaïl devient David.

    Le personnage central de ce roman n'est pas David mais Amal ("espoirs" en arabe), la jeune soeur d'Ismaïl et Youssef, née quelques années après dans un camp de réfugiés à Jénine. La vie d'Amal est un résumé de toutes les tragédies qu'ont connues les Palestiniens depuis plus de cinquante ans.

    Camp de réfugiés, guerre des six jours, être Palestinien dans le Liban du début des années 80, exil américain, voilà les grandes lignes de la vie d'Amal. C'est avec Amal qu'Ismaïl-David renouera avec ses racines palestiniennes.

    "Les Matins de Jénine" est un beau roman, difficile à lâcher une fois qu'on est entré dans l'histoire. J'ai déjà lu des livres sur l'histoire de la région et les Palestiniens mais c'est la première fois qu'il s'agit d'un roman. Ce roman est une belle découverte et figure sur la liste de mes coups de coeur 2009.

  • Ourania – JMG Le Clézio

    le-clezio.JPGJean-Marie Gustave Le Clézio (abrégé J.M.G. Le Clézio) base l'histoire de son roman Ourania, paru en 2005, sur deux cités idéales ayant réellement existé au Mexique et qui y avaient été édifiés peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui ont disparu depuis: Santa Fe de la Laguna qui s’inspirait de l’oeuvre L’Utopie (1515) de Thomas Moore et une autre basée sur la Jérusalem céleste qui avait été installée par des Jésuites.

    C’est sur cette histoire que J.M.G. Le Clézio se base pour nous raconter l’histoire d’un géographe Daniel Sillitoe (dont le nom fait penser à Daniel Defoe et donc à son personnage de Robinson Crusoé qui lui aussi avait construit un monde idéal sur une île abandonnée) face deux utopies en train de déliter inéluctablement. Emprunt d’une forte nostalgie ce conte philosophique nous relate comment la force des choses et le dure poids des réalités finit toujours par briser les rêves des hommes. Dès qu’il découvre ces deux sociétés, Daniel Sillitoe sait déjà qu’elles ne pourront pas survivre. Le narrateur en gardera cependant le rêve, signe d’espoir, bien plus important finalement que la réalité. J.M.G. Le Clézio s’attaque ainsi violemment à la guerre, la cupidité et l’égoïsme des hommes, l’exploitation des enfants et des femmes par un monde mercantile et industriel, tous responsables de la chute de ces idéaux.


    Comme souvent dans son oeuvre, J.M.G. Le Clézio aborde également les rêves d’enfants, notamment celui d’un monde merveilleux Ourania, nommé ainsi après la muse Uranie qui présidait les sciences célestes dans la mythologie grecque, qui deviennent une quête pour ces héros et qu’ils retrouveront le temps d’un instant au bout d’un long voyage.
    Ourania est écrit dans un style simple et très poétique, toujours fascinant.

    Ourania est une invitation au voyage dans un monde où les rêves même s’ils sont fragiles et éphémères peuvent être possibles.

    Un très beau livre !

  • La voleuse d'hommes de Margaret Atwood

    voleuse.JPGJe vais d'emblée commencer par avouer que ce n'est pas le meilleur roman de Margaret Atwood que j'ai lu, voir l'odyssée de Pénélope .

    Par contre, j'ai quand même aimé cette lecture et tout particulièrement le personnage de Zenia. Zenia c'est une menace, une manipulatrice, une femme qui sait mettre le doigt sur la faiblesse d'autres femmes et qui profite de cette faiblesse à son avantage. Zenia c'est le malheur qui vient nous frapper sans qu'on s'y attende et qui détruit tout sur son passage sans se soucier des victimes.

    La voleuse d'hommes c'est un roman de femmes... trois femmes qui sont les victimes de Zenia, qui ont décidé de pardonner à leur homme (les hommes sont très peu présents dans ce livre).

    J'aime la construction de ce roman et la manière dont l'auteur a décidé de nous raconter comment Zenia a brisé la vie de Tony, Roz et Charis.

    La voleuse d'hommes de Margaret Atwood (10/18, 2005, 655 pages)

  • Histoire de la Grande Maison de CHARIF MAJDALANI

    maison.JPGDans le Liban du XIXe siècle, Wakim Nassar doit fuir son village à la suite d'une sombre querelle. Devenu proscrit et repartant de rien, il va à force d'audace et de volonté, introduire la culture de l'oranger au Liban et créer de vastes plantations au milieu desquelles il fait bâtir la "Grande maison". Il va fonder une grande famille et devenir un personnage important et craint mais sur lequel chacun peut compter en cas de besoin.

    C'est l'histoire de l'ascension du clan Nassar, de sa grandeur et ensuite de sa décadence. A la fin du roman Wakim est mort, la Grande Maison est menacée de ruine et les fils quittent l'un après l'autre le Liban pour émigrer aux quatre coins de la planète. C'est l'histoire d'une maison, d'une famille, d'un homme et de ses fils et qui nous raconte aussi le Liban de l'Empire Ottoman durant le mandat français.

    Mon avis : Grandeur, déclin, ambition, alliances, traîtrises, domination et exil font de ce livre un très grand roman.

    Histoire de la Grande Maison de CHARIF MAJDALANI (Seuil/Points, 2006, 337 pages)

  • Le Gourou sur la branche de Kiran Desai

    Dans une petite ville indienne, un couple attend son premier enfant. Kulfi, la future mère, est obsédée par la nourriture et court les marchés malgré une chaleur écrasante. Alors que la naissance est imminente, une tempête se déclenche. Et au milieu de ce déchaînement de violence naît un petit garçon, Sampath.

    Les années passent, Sampath est devenu un jeune homme absolument pas épanoui. Ni les études ni le travail (un travail ennuyeux au sein de la poste locale) ne l'intéressent. Un jour, il prend le bus, descend à l'extérieur de la ville et s'installe dans un goyavier. Il refuse d'en descendre. Qu'à cela ne tienne, son père décide d'installer toute la famille au pied de l'arbre et de transformer ce scandale en juteuse affaire.

    Loufoque, original, drôle sont les qualificatifs pouvant s'appliquer à ce roman, le premier de Kiran Desai. Ce roman est proche du conte mais aussi de l'Histoire puisque Sampath dans son arbre peut faire penser à Saint Siméon le Stylite qui, au Vème siècle, resta une quarantaine d'années au sommet d'une colonne.