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Livres et cie

  • La dernière conquête du Major Pettigrew, de Helene Simonson

    On a moins l’habitude d’entrevoir l’Angleterre a travers un racisme larvé qui ne dit pas son nom. Si ce pays offre l’image d’une intégration réussie des immigrés des anciennes colonies de l’Empire Britannique, une cohabitation sereine entre les différentes cultures et religions, l’ancienne bourgeoisie coloniale fait de la résistance. Que des Pakistanais tiennent l’épicerie du coin, on s’en accommode fort bien; on irait même jusqu’à apprécier leur présence qui ajoute un côté exotique au village. Tant que chacun reste dans sa communauté.

    Car les habitudes ont la vie dure, et pour ces anciens colons qui ont connus les Indes Britanniques et la gloire de feu l’Empire, difficile d’admettre qu’un citoyen de sa Majesté s’entiche d’une jolie veuve pakistanaise, qui plus est commerçante de son état. Quant au fils du Major, brillant financier de La City, il n’accorde sa bénédiction qu’aux projets présentant un intérêt certain, et l’arrivée de madame Ali dans la vie de son père risque de desservir ses plans de carrière.

    Pour autant, Helen Simonson ne fait aucunement preuve de prosélytisme et reste en retrait par rapport aux opinions de ses protagonistes. Le lecteur s’interroge face à ce roman équivoque: à travers des personnages hauts en couleur, l’auteur relate des états de fait et ne porte pas de jugement sur les errements et les vices de ses compatriotes.  Cette liberté de ton est fort appréciable, et on n’attendait pas moins de délicatesse de la part d’un écrivain britannique.

    JE VOUS LE CONSEILLE SI…

    … vous n’êtes pas trop à cheval sur la cérémonie du thé. Enfin, Major, quelle mouche vous a piqué? Récurer à blanc une théière que vous avez mis des années à culotter, quel sacrilège!
    … vous aimez les atmosphères très British, la campagne et sa noblesse, les parties de chasse, les bonnes manières d’un raffinement suranné et les préjugés tout aussi dépassés. Et surtout, le tea time présent à chaque page!

  • Prélude à fondation d'Isaac Asimov

    asimov.JPGDans le cycle de "Fondation", Asimov imagine le futur de l'humanité. Il commence avec l'effondrement d'un empire galactique qui se décompose. Un savant, Hari Seldon, invente une nouvelle science, la psychohistoire, basée sur la loi des grands nombres et le calcul des probabilités qui permet de « prévoir l'avenir », ou, plus exactement, de calculer les probabilités de différents avenirs.

    Initialement construit comme une trilogie (1950-1955), "Fondation" fut augmenté de deux volumes au début des années 1980 sous la pression des éditeurs et admirateurs de l'auteur. Ces deux nouveaux tomes (Fondation foudroyée et Terre et fondation) devaient en quelque sorte boucler la boucle du cycle.

    Malgré tout, Asimov décide en 1988 d'écrire "le premier roman du cycle". Plutôt que d'offrir un sixième tome qui reprendrait là où se terminait Terre et Fondation, il publie (d'abord sous forme de feuilleton) Prélude à fondation. Le récit se déroule sur la planète Trantor, le centre gouvernemental de l'Empire, alors qu'un jeune mathématicien, Henry Seldon, vient tout juste de participer à un colloque mathématique. Le sujet de son exposé : la psychohistoire, soit une nouvelle théorie employant statistiques et histoire qui pourrait permettre d'extrapoler certains mouvements du futur. Il ne s'agit pas là de prédire l'avenir, mais bien de le rendre moins flou.

    Une telle annonce, au coeur de l'Empire, attire rapidement l'attention des hommes de pouvoir de la planète, ce qui force rapidement Seldon à fuire dans la dédales de la planète. Ce voyage à travers les différents secteurs de Trantor lui permet de découvrir ce que l'Empereur lui-même refuse de voir : l'Empire ce désagrège. Partout des communautés indépendantes se sont constituées. La haine envers l'empereur est manifeste. Dès lors, la question n'est plus de savoir si la psychohistoire pourra empêcher la chute de l'Empire, mais tout simplement s'il n'est pas trop tard pour intervenir.

    Prélude à fondation est aussi créatif et captivant que les autres tomes du cycles. Asimov aura pris soin de conserver un style identique (chapitres courts, intrigues complexes et multiples, etc.) tout au long du cycle. Il reste que Prélude à fondation "vend" certains éléments clés du cycle "Les robots". Je conseille donc aux amateurs de science fiction de lire d'abord le cycle "Robots" avant de vous lancer dans Fondation.

    Isaac Asimov, Prélude à fondation [trad. de l'anglais par Jean Bonnefoy], éd. Pocket, 2005 [1990], 446 pages, ISBN 226615253x.

  • L’enfant de sable - Tahar Ben Jelloun - 1985

    sables.JPGL'enfant de sable de l’écrivain marocain de langue française Tahar Ben Jelloun est un magnifique et très original roman mêlant brillamment contes et légendes à des sujets tabous (enfance saccagée, prostitution, machisme, l’homme-femme, la sexualité…) dans la société maghrébine et marocaine.

    L'enfant de sable a immédiatement été un grand succès et sa suite, La nuit sacrée (1987), dans laquelle Tahar Ben Jelloun donne la parole au personnage d’Ahmed pour que celui-ci donne sa propre version des faits, a obtenu le prix Goncourt 1987.


    L’histoire commence admirablement dans la plus pure ambiance de la place Jamâ-El-Fnâ à Marrakech au rythme d’un conteur de rue. D’abord le récit suit le point de vue d'Ahmed raconté par le conteur prétendant se baser sur un manuscrit laissé par Ahmed lui-même. Ensuite la narration se démultiplie et devient assez chaotique tout en gardant cependant une certaine structure. Le résultat en est que le roman devient extrêmement vivant au dépit parfois du lecteur qui risque de s’y perdre un peu. Tahar Ben Jelloun aborde brillamment le sujet de la femme dans la société mais le roman est aussi un formidable conte philosophique sur la quête de l’identité. Et comme souvent dans son œuvre, Tahar Ben Jelloun y traite aussi de la sexualité et de la frustration qui y est souvent liée.


    L’écriture est envoûtante et le roman est d’un bout à l’autre très prenant. Cependant toute la dernière partie du roman, la deuxième moitié, est parfois trop confuse et la fin laisse une certaine frustration au lecteur.

    L’enfant de sable est un très original roman sur la condition féminine et la quête de son identité.

  • Les Matins de Jénine de Susan Abulhawa

    matin.JPGVoilà un roman qui raconte, à travers l'histoire d'une famille, la tragédie qu'a connu le peuple palestinien depuis 1948 et l'évènement qu'il appelé "al-nakba" ( la catastrophe, faisant référence à la création de l'Etat d'Israël).

    1948, c'est l'année où Ein Hod, village planté au milieu des plantations d'oliviers, est vidé de ses habitants palestiniens. Parmi eux, un jeune couple, Dalia et Hassan, et leurs jeunes fils, Youssef et Ismaïl. Ce dernier, encore bébé, disparaît dans la cohue. En réalité, il a été enlevé par un soldat car lui et sa femme ne peuvent pas avoir d'enfant. Ismaïl devient David.

    Le personnage central de ce roman n'est pas David mais Amal ("espoirs" en arabe), la jeune soeur d'Ismaïl et Youssef, née quelques années après dans un camp de réfugiés à Jénine. La vie d'Amal est un résumé de toutes les tragédies qu'ont connues les Palestiniens depuis plus de cinquante ans.

    Camp de réfugiés, guerre des six jours, être Palestinien dans le Liban du début des années 80, exil américain, voilà les grandes lignes de la vie d'Amal. C'est avec Amal qu'Ismaïl-David renouera avec ses racines palestiniennes.

    "Les Matins de Jénine" est un beau roman, difficile à lâcher une fois qu'on est entré dans l'histoire. J'ai déjà lu des livres sur l'histoire de la région et les Palestiniens mais c'est la première fois qu'il s'agit d'un roman. Ce roman est une belle découverte et figure sur la liste de mes coups de coeur 2009.

  • Ourania – JMG Le Clézio

    le-clezio.JPGJean-Marie Gustave Le Clézio (abrégé J.M.G. Le Clézio) base l'histoire de son roman Ourania, paru en 2005, sur deux cités idéales ayant réellement existé au Mexique et qui y avaient été édifiés peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui ont disparu depuis: Santa Fe de la Laguna qui s’inspirait de l’oeuvre L’Utopie (1515) de Thomas Moore et une autre basée sur la Jérusalem céleste qui avait été installée par des Jésuites.

    C’est sur cette histoire que J.M.G. Le Clézio se base pour nous raconter l’histoire d’un géographe Daniel Sillitoe (dont le nom fait penser à Daniel Defoe et donc à son personnage de Robinson Crusoé qui lui aussi avait construit un monde idéal sur une île abandonnée) face deux utopies en train de déliter inéluctablement. Emprunt d’une forte nostalgie ce conte philosophique nous relate comment la force des choses et le dure poids des réalités finit toujours par briser les rêves des hommes. Dès qu’il découvre ces deux sociétés, Daniel Sillitoe sait déjà qu’elles ne pourront pas survivre. Le narrateur en gardera cependant le rêve, signe d’espoir, bien plus important finalement que la réalité. J.M.G. Le Clézio s’attaque ainsi violemment à la guerre, la cupidité et l’égoïsme des hommes, l’exploitation des enfants et des femmes par un monde mercantile et industriel, tous responsables de la chute de ces idéaux.


    Comme souvent dans son oeuvre, J.M.G. Le Clézio aborde également les rêves d’enfants, notamment celui d’un monde merveilleux Ourania, nommé ainsi après la muse Uranie qui présidait les sciences célestes dans la mythologie grecque, qui deviennent une quête pour ces héros et qu’ils retrouveront le temps d’un instant au bout d’un long voyage.
    Ourania est écrit dans un style simple et très poétique, toujours fascinant.

    Ourania est une invitation au voyage dans un monde où les rêves même s’ils sont fragiles et éphémères peuvent être possibles.

    Un très beau livre !

  • Le Gourou sur la branche de Kiran Desai

    Dans une petite ville indienne, un couple attend son premier enfant. Kulfi, la future mère, est obsédée par la nourriture et court les marchés malgré une chaleur écrasante. Alors que la naissance est imminente, une tempête se déclenche. Et au milieu de ce déchaînement de violence naît un petit garçon, Sampath.

    Les années passent, Sampath est devenu un jeune homme absolument pas épanoui. Ni les études ni le travail (un travail ennuyeux au sein de la poste locale) ne l'intéressent. Un jour, il prend le bus, descend à l'extérieur de la ville et s'installe dans un goyavier. Il refuse d'en descendre. Qu'à cela ne tienne, son père décide d'installer toute la famille au pied de l'arbre et de transformer ce scandale en juteuse affaire.

    Loufoque, original, drôle sont les qualificatifs pouvant s'appliquer à ce roman, le premier de Kiran Desai. Ce roman est proche du conte mais aussi de l'Histoire puisque Sampath dans son arbre peut faire penser à Saint Siméon le Stylite qui, au Vème siècle, resta une quarantaine d'années au sommet d'une colonne.